segorama-segolene-royal

En poursuivant votre navigation sur Segorama, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services.

Le faux pas africain de Sarkozy, par Philippe Bernard

Depuis près d'un mois, Nicolas Sarkozy déclenche en Afrique une vague d'hostilité dont il n'avait sans doute pas anticipé l'ampleur. S'adressant aux "jeunes d'Afrique" dans un amphithéâtre de l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar le 26 juillet, le président de la République avait proclamé avec fougue son amour du continent : "J'aime l'Afrique, j'aime et je respecte les Africains", a-t-il lancé devant un parterre d'universitaires triés sur le volet. Les "vrais" étudiants avaient été écartés par crainte de manifestations d'hostilité à l'égard de l'homme de "l'immigration choisie".

L'assistance aurait pu applaudir à la reconnaissance des "crimes contre l'humanité" liés à l'esclavage et des "effets pervers de la colonisation" exprimée avec un degré d'emphase que n'avait jamais atteint le candidat Sarkozy. Si l'auditoire a finalement réservé un accueil glacial à cette longue "adresse" présentée par l'Elysée comme fondatrice, c'est probablement qu'il n'y a pas trouvé le moindre signe de "repentance". Pareille absence ne pouvait pourtant guère surprendre de la part d'un président dont le discours décomplexé tourne le dos à une démarche qu'il assimile à une forme de haine de soi et de la France. Fidèle à lui-même, le président a absous les colonisateurs qui, certes, "ont pillé des ressources" et "ont eu tort" de le faire, mais étaient "sincères".

La stupeur des invités et le torrent de commentaires indignés que suscite jusqu'à aujourd'hui le discours de Dakar parmi les intellectuels africains proviennent surtout des sentences définitives et globalisantes, à forte teneur culturaliste, voire essentialiste, qu'a assénées le président français à propos de "l'homme africain". Nul ne saurait contester, y compris parmi les élites du continent, que "l'Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur". Le problème est que M. Sarkozy a présenté les échecs présents du continent comme contrebalançant, voire justifiant, les torts des colonisateurs. Désireux de mettre l'accent sur les responsabilités actuelles, il s'est exprimé comme si la ponction historique de 13 millions d'esclaves et l'exploitation coloniale étaient strictement sans effet sur l'Afrique actuelle. Comme si la mise en place et le soutien par la France, y compris par la violence, de régimes dévoués à ses intérêts n'étaient pour rien dans les errements de la démocratie...

Lire la suite dans le Monde:

Actualités - Revue de presse