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La provocation Royal

{niftybox background=lightgrey}segoc6_m.jpgPar Claude Weill - Le Nouvel Observateur

Semaine après semaine, Ségolène Royal s'affirme décidément comme une de nos meilleures sociologues.

En témoigne le discours prononcé samedi, lors de la journée de réflexion du PS sur le thème «Inégalités et justice sociale». Intitulé rebattu, qui invitait aux propos convenus. Elle a pourtant saisi l'occasion pour développer une analyse originale, «un peu provocatrice», sur «les trois malentendus» entre la gauche et les Français. 1) La lutte contre les inégalités doit aussi englober les classes moyennes. 2) L'objectif de la gauche n'est pas le nivellement, mais l'épanouissement individuel. Elle doit «déculpabiliser et même encourager le droit à la réussite personnelle». 3) Le souci de la justice sociale n'est pas antinomique avec l'esprit d'entreprendre et le goût du risque : il est «synonyme».

Autant de thèmes déjà esquissés lors de la campagne présidentielle, dira-t-on. Mais l'ex et (probable) future candidate a manifestement approfondi sa réflexion. Son diagnostic, nourri des meilleures études sur le sujet, cerne au plus près les racines de cette langueur qui mine la société française. Je pense notamment à la grande enquête internationale sur «les Jeunesses face à leur avenir» (1). Résumons : parmi les populations observées, les jeunes Français se signalent par leur pessimisme - individuel et collectif -, leur fatalisme, leur manque d'esprit d'entreprise, leur faible sentiment d'appartenance à la société et, couronnant le tout, un degré record de méfiance envers les institutions, les élites et «les gens en général». Bref, l'horreur, c'est les autres. Un tableau décourageant - guère surprenant, au fond : ce n est pas seulement la jeunesse, c est la société française dans son ensemble qui voit l'avenir en noir, d'autres études comparatives l'avaient déjà souligné (et, soyons juste, Sarkozy n'y est pour rien : le sondage a été réalisé fin 2006).

Pour autant, cette mélancolie hexagonale n est pas inscrite dans notre ADN. Elle ne tombe pas du ciel non plus. Elle est étroitement liée à l'attitude à l'égard de l'économie. Sur ce point, l'enquête de Kairos Future est éclairante. Elle permet de distinguer schématiquement trois types de culture économique. D'un côté, les pays où les jeunes valorisent à la fois la concurrence, la réussite individuelle et un haut niveau de protection sociale. C'est le modèle libéral et social Scandinave, bien incarné par le Danemark. D'un autre côté, les pays où l'on privilégie la réussite individuelle au détriment des protections collectives. C'est le modèle anglo-saxon. Enfin, les pays où l'on prône l'égalité plus que le mérite, la protection (des individus et de l'économie nationale) plus que la concurrence. Modèle qu'Olivier Galland, chercheur au CNRS, qualifie d'«étatiste-égalitariste». Or que constate-t-on ? Dans le premier groupe, l'optimisme et la confiance sont au plus haut. Dans le second, un peu moins. Dans le troisième, dont la France est l'archétype, régnent le pessimisme, la défiance et la tentation du chacun pour soi l'«individualisme négatif» dont parle le sociologue François de Singly. Redoutable spirale où s'abîme l'espérance collective. Briser cet enchaînement dépressif, c'est toute l'affaire. En déculpabilisant la réussite personnelle, en accouplant esprit d'entreprise et justice sociale, Ségolène Royal touche juste : comme le montre l'insolente santé morale du peuple danois, le meilleur antidote à «la société du risque» (Ulrich Beck), ce n'est pas le repli, c'est la redécouverte du goût du risque.


(1)Réalisée par Kairos Future International, en partenariat avec la Fondation pour l'Innovation politique, auprès de 22 000 jeunes de 16 à 29 ans, dans 17 pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique. Le rapport paraîtra à la fin de ce mois.
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