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"La nouvelle Ségolène Royal" par le Point (29/11/07)

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« Ségolène est dans une stratégie de longue, très longue durée, qui aboutira à 2012 », explique Jean-Louis Bianco, l'un de ses fidèles. Dans ce but, la présidente de Poitou-Charentes a mis au point une méthode que l'ancien secrétaire général de l'Elysée qualifie de « mitterrandienne » : celle des cercles qui ne se croisent presque jamais. Elle compartimente. Dans le schéma ségoléniste, on appartient à un cénacle mais on ignore le nom des membres d'un autre. Personne n'est capable d'avoir une vision globale de son travail, sauf Ségolène elle-même.

Le coeur du dispositif s'active une fois par semaine. A 8 heures du matin, tous les mardis, une petite dizaine de fidèles se donnent rendez-vous dans les nouveaux locaux de Ségolène Royal, sis dans un immeuble bourgeois du boulevard Raspail, à Paris. Cent cinquante mètres carrés payés sur sa cassette personnelle par Pierre Bergé, le richissime président de la fondation Yves-Saint-Laurent. « Si vous trouvez un autre socialiste capable de faire 47 % à la présidentielle, vous me prévenez ! » répond-il à qui l'interroge sur les raisons de ce cadeau.

Le mardi, dans l'ambiance cosy d'une des deux salles de réunion, on retrouve autour d'un café les amis de toujours Jean-Pierre Mignard et Michel Sapin, l'omniprésent Jean-Louis Bianco, qu'elle consulte tous les jours au téléphone, la tête chercheuse Sophie Bouchet-Petersen, le fidèle François Rebsamen, les jeunes députées Delphine Batho et Aurélie Filippetti, l'eurodéputé Vincent Peillon, la « désireuse d'avenir » Dominique Bertinotti... Pas de plan de bataille à échafauder ni d'ordre du jour précis mais, pendant une heure, une discussion à bâtons rompus sur les sujets d'actualité : régimes spéciaux de retraite, grèves, Parti socialiste, etc. Ségolène Royal intervient peu. « Chacun soumet son point de vue et elle en fait son miel », raconte François Rebsamen.

Pataquès. ÷ Parfois, le résultat est déroutant. La semaine dernière, après la réunion du mardi, Ségolène Royal décide seule de convoquer la presse pour évoquer la loi Pécresse. Elle prend la parole : « Je dis au gouvernement de ne pas gâcher cette bonne réforme, c'est-à-dire qu'il faut l'accompagner des moyens nécessaires pour que les inégalités ne se creusent pas entre les universités. » Rien d'explosif, sauf peut-être la première partie de la phrase, la seule que retiendra la presse : la loi Pécresse est une « bonne réforme »... Dès le lendemain, Ségolène Royal doit donc ajuster le tir sur Internet : non, elle ne soutient pas la loi les yeux fermés. Un pataquès qui rappelle ceux de la campagne présidentielle. « Elle est toujours dans l'improvisation, elle veut toujours montrer qu'elle existe par elle-même au lieu de construire une équipe », raille un ténor socialiste.

Plus discrètement, Ségolène Royal consulte. Là encore, les cercles se côtoient sans se toucher. D'un côté, les chercheurs, ses « experts », comme elle les appelle. Economistes, sociologues, diplomates ou juristes, ils la rencontrent au gré de repas collectifs ou en tête-à-tête. Objectif : « Renforcer les points faibles de sa campagne, comme l'économie et l'international », reconnaît un proche. « Elle a soif d'apprendre », témoigne Philippe Aghion, prof d'économie à Harvard, qui la recevra en février pour une conférence devant les étudiants de la prestigieuse université américaine. En attendant, elle paie de sa personne : elle s'est notamment plongée dans les ouvrages ardus d'Anthony Giddens, le penseur du New Labour anglais.

Autre cercle : celui de la culture, où l'on retrouve Dominique Besnehard et Pierre Bergé. Tous les deux dotés d'un solide entregent, ils jouent les go-between dans les réseaux parisiens. Ravie de s'afficher dans la presse people en présence des stars du moment, Ségolène Royal en profite pour peaufiner sa connaissance du milieu. L'autre soir, à Aubervilliers, elle a ainsi discuté avec le metteur en scène et acteur Didier Bezace du sujet des théâtres subventionnés.

Le PS est lui aussi sollicité. Certes, à la seule évocation de son nom, nombre de ténors socialistes ont encore des haut-le-coeur. Mais d'autres mettent la main à la pâte royaliste. Pierre Moscovici, député du Doubs proche de Strauss-Kahn, la rencontre souvent. André Vallini, député de l'Isère et ex-président de la commission d'Outreau, l'alimente en notes sur les institutions ou la délinquance sexuelle. David Assouline, le sénateur ségoléniste de Paris, vient d'organiser une rencontre avec une vingtaine de sénateurs socialistes au palais du Luxembourg. Elisabeth Guigou, pas vraiment proche de Ségolène Royal, a aussi eu droit à un petit déjeuner au Bourbon, le café voisin de l'Assemblée. Ce matin de septembre, attablées en terrasse, les deux femmes discutent du mini-traité européen. Pas de quoi passionner les médias. Pourtant, à la grande surprise de l'ex-garde des Sceaux, les caméras de Canal + sont là. Elles filment la scène quelques minutes, comme si Ségolène Royal voulait qu'on comprenne bien le message : avec le PS, je joue collectif.

Star internationale. Rue de Solferino, le goût de l'ex-candidate pour la lumière fait toujours grincer des dents. A l'étranger, c'est l'inverse. Ségo, on veut l'avoir à ses côtés pour profiter de son aura. Tous les moyens sont bons. Les socialistes italiens, par exemple, n'ont pas lésiné. Début septembre, ils dépêchent un petit bimoteur à l'aéroport du Bourget pour l'emmener à Bologne, où a lieu la fête du grand parti de centre gauche dirigé par Walter Veltroni, le maire de Rome. Après une heure trente de vol, la madone française reçoit un accueil enthousiaste des Italiens. « Les gens se bousculaient pour la toucher, raconte le député Bruno Le Roux, présent lors de l'escapade bolonaise. Des camarades italiens m'ont dit : "Vous avez perdu une élection, mais vous avez gagné un leader." » Rue de Solferino, une fois encore, les oreilles ont dû siffler...

D'autant que, quelques semaines plus tard, elle peaufine son image de star internationale. A l'hôtel Intercontinental de Buenos Aires, sous une pluie de confettis argentés qui célèbrent l'élection à la tête de l'Etat de Cristina Kirchner, à qui son mari, Nestor Kirchner, tend-il la main pour monter sur la scène ? A Ségolène Royal, et à elle seule. La scène fait le tour des télés mondiales. Jean-Luc Mélenchon, l'autre ténor socialiste présent dans la salle, doit s'étrangler...

Qu'elle soit en Argentine, au Chili ou au Québec, Ségolène Royal ne se déplace pas en touriste. Aidée par son réseau de diplomates, elle prépare soigneusement ses entretiens. Au Chili, elle rencontre la nouvelle présidente, Michelle Bachelet, dans le palais présidentiel de la Moneda, à Santiago. L'entretien est prévu pour durer trois quarts d'heure. Il se prolongera pendant deux heures - un record souligné par les journaux chiliens. En Argentine, elle échange avec les responsables du principal syndicat, le CTA. Ils l'entretiennent d'une initiative assez rare dans le monde : la possibilité pour les travailleurs au noir et les salariés précaires de se syndiquer. « Partout où elle va, elle pioche des idées pour son projet », explique Sophie Bouchet-Petersen.

Toutefois, la maîtresse du Poitou-Charentes n'a pas encore arrêté avec précision sa stratégie de conquête du pouvoir. Pour l'heure, dans son bureau avec vue sur les platanes du boulevard Raspail, elle réfléchit à la création d'un grand parti de centre gauche. Sur le modèle de la formation italienne de Veltroni, il déplacerait le point de gravité du PS vers la droite. Les communistes, les Verts et les radicaux de gauche seraient conviés. Mais elle n'a pas encore contacté François Bayrou. « La question se posera un jour, dit-elle. Je suis disponible. »

Dans ce Meccano, le PS est une pièce essentielle. Elle refuse pourtant de s'en approcher de trop près. Ségolène Royal a séché les deux conseils nationaux organisés depuis les élections du printemps, et refuse de participer au bureau national, l'exécutif du PS auquel elle est conviée. François Rebsamen l'a incitée à y assister. « Pas maintenant, pas dans ces conditions », lui a-t-elle répondu, consciente que l'état de décrépitude du parti nuirait à son image.

Cette prudence ne l'empêche pas de s'activer pour le prochain congrès, fin 2008. Depuis quelques semaines, Michel Sapin et François Rebsamen (ce dernier nie) manoeuvrent pour opérer un rapprochement tactique entre Ségolène Royal et François Hollande. Les deux leaders ont un intérêt partagé : placer à la tête du parti un lieutenant consensuel, qui ménagerait les chances de l'un et l'autre pour la prochaine présidentielle. Dans ce cas de figure, deux favoris émergent pour diriger le parti : François Rebsamen, qui se dit prêt, et Michel Sapin, plus énigmatique. « Ce scénario a des chances de l'emporter, car Hollande et Royal représentent 60 % des voix au sein du parti, révèle un haut responsable de la Rue de Solferino. Et puis, il rassure les militants et les responsables des fédérations, qui se diront : papa et maman sont à nouveau ensemble. »

La solution Rebsamen ou Bianco éviterait aussi à Ségolène Royal de présenter une motion en son nom au prochain congrès, donc de créer un courant. « Ça la banaliserait, explique Aurélie Filippetti, la jeune députée de la Moselle. Avec un courant, Ségolène redescendrait au niveau des éléphants, qui se bouffent la trompe entre eux. » Elle perdrait aussi sa liberté - celle qu'elle aime tant.

Source Le Point: La nouvelle Ségolène Royal

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